Imprimé le 14 décembre 2019
BRUXELLES, CAPITALE DE LA GASTRONOMIE DURABLE

Le texte de mon intervention au colloque SLOW FOOD dans le cadre de la cadre de la semaine "goûter Bruxelles"  :

Je tiens tout d’abord à remercier les organisateurs, Etopia et Karikol, de m’avoir invité à introduire ce colloque. C’est un honneur et un plaisir particulier pour moi que d’ouvrir le premier événement de la deuxième édition de "Goûter Bruxelles" compte tenu de mes affinités personnelles pour ce sujet.

Tout d’abord, je voudrais montrer mon soutien aux fermiers qui se trouvent dans une situation tellement choquante qu’ils doivent déverser des centaines de milliers de litres de lait dans les champs en signe de désespoir. Je voudrais par cette occasion souligner que ce n’est pas parce qu’on est en ville qu’on n’est pas intéressé par le sort de ces fermiers. Bien au contraire, la solidarité des usagers/consommateurs urbains que nous sommes doit être totale avec les fermiers qui revendiquent des conditions minimales légitimes pour pouvoir faire leur travail à une taille humaine qui garantisse au maximum la maitrise de leur métier et par conséquent la qualité et la diversité de leur production. Les différents Groupes d’Achat Solidaires qui ont vu le jour spontanément à Bruxelles ces derniers mois témoignent de ce que cette solidarité répond à un besoin social important qui vise à rapprocher le consommateur (bruxellois) du producteur (wallon ou flamand). Voilà de part et d’autre des valeurs parfaitement cohérentes par rapport à celles portées par le mouvement SLOW FOOD et qui se résument autour de trois mots : bon (il ne suffit pas à une tomate d’être rouge et ronde pour être bonne), propre (soyons attentifs aux conséquences sur la santé et l’environnement de nos méthodes de production) et juste (il est normal de respecter l’agriculteur ou le producteur dans le travail qu’il fait via sa juste rémunération).

La question alimentaire est plus que jamais un enjeu de société essentiel que l’on peut considérer sous de nombreux angles. Tous les jours, en effet, une multitude d’acteurs cultivent, produisent, conditionnent, transforment, transportent, distribuent, préparent et consomment les produits alimentaires, ce qui représente un enjeu économique considérable. Tout au long de cette chaîne, ils utilisent des ressources naturelles et produisent des déchets. L’environnement est alors forcément partie prenante dans l’alimentation. Ainsi, la production et la consommation de viande seraient à l’origine de 20% des gaz à effet de serre à l’échelle mondiale. L’obésité est quant à elle en pleine expansion alors que 800 millions de personnes souffrent de sous-alimentation. Rien qu’en Belgique, 200.000 personnes ne mangent pas à leur faim ... Alors que chaque personne jette à la poubelle environ 15-20 kg par an de denrées alimentaires qui auraient pu être consommées. A Bruxelles, environ un tiers des impacts environnementaux d’un ménage serait lié à sa consommation de nourriture et de boisson. Et les différentes crises alimentaires que nous avons connues au cours des dernières années ont démontré que l’alimentation est également une affaire de santé publique.

Pour ces différentes raisons, il est donc impératif de revoir nos modes de consommation et de modifier notre rapport à l’alimentation.

Les Pouvoirs publics ont un rôle important à jouer en la matière et doivent être un acteur de changement. A cet égard, la Commission communautaire française entend faire de Bruxelles, par le biais de ses différentes compétences, un exemple en matière d’alimentation et de gastronomie durable.

Réunis en 2005 aux Assises du Tourisme, les acteurs du tourisme nous ont recommandé de faire de Bruxelles une destination durable. Ce message a été entendu et plusieurs actions ont été menées sous l’impulsion de ma prédécesseur, Evelyne Huytebroeck. La croissance du tourisme urbain et l’augmentation de l’activité touristique à Bruxelles, bien que ralentis ces derniers mois par la crise économique, nous encouragent en effet à être attentif au développement d’un tourisme qui intègre au mieux sa dimension écologique et par conséquent les retombées les plus larges sur notre économie locale. Ainsi et parallèlement aux différentes actions qui ont été menées sous la législature précédente pour réduire la facture énergétique du secteur hôtelier et pour une meilleure prise en compte du tourisme durable dans les actions de l’OPT et du BI-TC, le Gouvernement francophone bruxellois placera l’année 2012 sous le signe de la gastronomie.

Une année de la gastronomie que nous voulons la plus durable possible et où l’accent sera mis sur l’apport des petits producteurs et la valorisation des circuits courts afin de développer des emplois dans le secteur. Cette année de la gastronomie offre de belles opportunités pour le marché touristique à Bruxelles dans la mesure où les plaisirs de la bouche proposés dans notre capitale, qui vont bien au-delà du chocolat et de la bière, sont déjà reconnus à l’échelle internationale et où l’on sait qu’ils constituent un critère concurrentiel important dans le choix d’une destination tant pour le tourisme de congrès que le tourisme personnel. Dans cette perspective, plusieurs initiatives avec les différents acteurs concernés seront menées pour permettre la rencontre et l’échange afin de préparer au mieux 2012. Et une vraie réflexion sur la certification du secteur sera menée. Cet enjeu est évidemment essentiel pour le secteur de l’HORECA avec plus de 2.800 établissements situés à Bruxelles, 22.000 salariés et 2.200 indépendants. C’est d’ailleurs pour préparer cette année à thème que nous sommes réunis aujourd’hui, afin de faire de cette année, un véritable moteur de changement et de réflexion dans l’ensemble de la filière touristique bruxelloise.

Attention, le but n’est pas de décréter et d’obliger le secteur à se mettre à la gastronomie durable ou de qualité, peu importe le nom (c’est d’ailleurs la plupart du temps le secteur lui-même qui prend les devants) mais d’agir en tant que pouvoirs publics comme des facilitateurs de cette voie.

En tant que Ministre-Président du Gouvernement francophone bruxellois, en charge de l’Enseignement, je compte également mettre le paquet sur la formation. Pouvoir organisateur de plusieurs établissements scolaires de renommée, dont l’école hôtelière Emile Gryzon et de l’Institut Roger Lambion qui se trouvent tous deux sur le campus du CERIA, nous formons toutes les générations à exercer de multiples fonctions dans le secteur de l’HORECA.

Dans le courant de cette législature et en lien avec l’année de la gastronomie, notre objectif est de faire en sorte que les personnes, qui sont et qui seront formées dans nos instituts, deviennent demain les acteurs d’une gastronomie plus respectueuse de l’environnement. Que ce soit dans un restaurant étoilé ou dans une collectivité locale, ces futur-e-s chef-fe-s seront amené-e-s à poser des choix dans l’achat de leurs produits et seront alors des acteurs potentiels de changement.

L’institut Redouté-Peiffer, situé à Anderlecht, jouera quant à lui un rôle déterminant dans le développement des filières courtes. Dispensant des cours d’horticulture et disposant de deux terrains agricoles à Bruxelles et en Flandre et sur lesquels sont produits chaque année plusieurs tonnes de fruits et de légumes, nous travaillerons avec les directions de ces établissements pour faire en sorte que nos écoles hôtelières travaillent prioritairement avec les produits de saison qui sont cultivés sur ces différents terrains.

Par ailleurs, l’éducation à une alimentation saine, équilibrée et respectueuse de l’environnement sera également proposée systématiquement dans les programmes de distribution de nourriture collective.

Mesdames et Messieurs,

Par le biais de ces différents outils et conformément à l’accord du Gouvernement, nous entendons orienter les différentes filières qui s’y prêtent vers l’alimentation durable, et pourquoi pas créer la première école « SLOW FOOD » d’Europe ?

Comme vous l’aurez compris, le Gouvernement francophone bruxellois entend faire de Bruxelles la capitale de la Gastronomie. Et ce, avec la participation de l’ensemble des acteurs, qu’ils soient issus du secteur associatif, de l’HORECA, de la grande distribution, de l’Enseignement ou de la Formation professionnelle.

Je tiens encore à remercier chaleureusement l’ensemble des acteurs qui ont organisé cette deuxième édition de « Goûter Bruxelles ».

Bonnes découvertes gourmandes et gustatives.
Le programme complet de "goûter Bruxelles"
Des informations sur Slow food et sur Karikol