Comment et pourquoi il est important de ne pas simplement dire qu’aujourd’hui est la journée internationale de commémoration des victimes de l’Holocauste. Pour rappel, le 27 janvier a été choisi parce qu’il correspond à la libération des rescapés du camp d’Auschwitz en 1945.

Si on prend le soin de commémorer les victimes 81 ans après les faits il faut aller au bout du sens que cela représente.

Commémorer pour se souvenir de toutes ces personnes qui ont perdu un fils, une fille, leur père, leur mère, parfois toute leur famille parce que certains ont été tentés d’aller au bout de leur barbarie.

Commémorer pour se souvenir que l’être humain, surtout en groupe, est capable du pire. L’être humain est capable d’inventer des théories fumeuses pour déterminer qu’un autre groupe humain peut être exterminé. Il l’a fait maintes fois pour les Juifs un peu partout dans le monde et à un niveau apocalyptique durant la deuxième guerre mondiale. Il l’a fait pour les homosexuels ou les Tziganes. L’être humain animé par cette haine est aussi capable d’entrainer dans sa folie des intellectuels, des entrepreneurs, des enseignants, quasi l’ensemble des élites et des masses populaires. Pendant une période assez longue, tout le monde semble entrainé dans cette folie meurtrière sans broncher avant de découvrir, pas toujours dans la honte et le repentir légitimes, les horreurs commises entretemps.

Commémorer pour se rendre compte que le passé n’a pas tout effacé. Qu’aujourd’hui encore, y compris chez nous, des actes identiques continuent à être perpétrés. L’antisémitisme reprend même de la vigueur et il est fondamental de le combattre à tous les niveaux. L’homophobie n’est pas en reste.

Commémorer parce que les dynamiques de haine institutionnelle, c’est-à-dire celles qui sont légitimées par un régime ou un groupe humain organisé se développent de façon ahurissante un peu partout. Cette façon de se convaincre que tout un groupe d’humains (par sa religion ou son origine) a les mêmes intentions, qu’il représente à travers chaque personne un danger et que toute mesure peut être prise pour le combattre, on perpétue non pas le souvenir des victimes mais on entretient le ressort des bourreaux. Je sais qu’en lisant ces phrases, beaucoup d’entre nous penseront à un groupe victime en particulier, celui dont il se sent le plus proche. Je demande au lecteur de pousser un peu plus loin sa curiosité et son honnêteté pour se poser la question de savoir si, même d’une façon qui lui paraît infime, il ne tombe pas lui-même dans ce schéma par rapport à d’autres groupes d’humains.